Chronique n°4 – La Catalogne au temps du paludisme

Au début du XIXème siècle, l’Espagne connut une météo catastrophique combinant vagues de fortes chaleurs et d’inondations. Avec une conséquence immédiate, la prolifération dans des régions devenues marécageuses, de l’Anopheles Labranchiae, espèce de moustique endémique des côtes espagnoles et vecteur de la malaria.

Jusqu’à la mise en place de politique volontariste anti-paludique à la fin des années 1920, la malaria engendrait plusieurs milliers de morts par an. Une situation que connut également la France, notamment en Camargue.

In Fièvres d’hier, paludisme d’aujourd’hui. Vie et mort d’une maladie de Chantal Beauchamp

Dans les années 1810, le petit village catalan de Palau-Saverdera, peuplé de paysans qui cultivent les flancs de la montagne Santa Baldini, va payer un lourd tribut à l’épidémie paludique. Bien que la communauté scientifique ait commencé à se pencher sur la maladie dès la fin du XVIIIème siècle, il n’existe pas alors de traitement bien identifié. L’essentiel des mesures consiste à appliquer des mesures sanitaires, certaines efficaces comme l’asséchement progressif des marais, et d’autre inutiles comme le lavement des vêtements, le lien entre les anophèles et la maladie n’étant pas encore clairement établi.

Mes recherches généalogiques dans ce village m’ont permi d’exhumer trois cas. A neuf ans d’intervalle, Franscisca Casanovas (1769-1809) et Antoni Turro (1767-1818), mari et femme, vont succomber à la maladie. Dans ce pays catholique très pratiquant, ils reçoivent l’extrème-onction avant de mourir. Antoni Turro, au seuil de la mort, la recevra le 12 décembre 1818 et deux prêtres le veilleront durant son agonie jusqu’à son décès, dix jours plus tard, le 22 décembre 1818. En 1820, c’est également le cas de Rafel Himonench (1748-1820).

Ce dernier, conscient de sa fin proche, laissera un testament auprès du curé de sa paroisse, le 5 juin 1820, soit 8 jours avant son trépas :

Il y donne pouvoir à son fils Pere et à sa femme Magdalena de faire exécuter son testament.

Il demande à être enterré dans le cimetière paroissiale de l’Église San Juan Baptista de Palau-Saverdera et requiert une messe en sa mémoire pour son enterrement et le salut de son âme selon le rite traditionnel. Il désire être enterré le jour même de sa mort.

Il commande également une messe en l’honneur de Saint Raphaël et pour son âme une fois révolu cinquante années après sa mort. Il veut que cela soit fait de même pour sa femme, en l’honneur de Sainte-Madeleine lorsqu’elle mourra.

Il insiste pour que sa « très chère femme » soit traitée aussi bien que de son vivant, qu’elle ne manque de rien, qu’elle soit logée, habillée et nourrie par son fils Pere.

Il désire que son fils ainé hérite de ses biens mobiliers et immobiliers. A défaut, son fils cadet Narciso puis ses filles dans l’ordre de primogéniture.

Sur ces notes dramatiques, n’oublions pas que l’espoir subsiste toujours. Ces personnes mortes prématurément ont aujourd’hui une descendance florissante. En ces temps troublés, je vous souhaite à tous du courage et n’oublions pas que les enseignements du passé peuvent éclairer notre présent. A l’image du testament de Rafel Himonench, dans lequel, avec pudeur, il exprime son amour marital et appelle à la solidarité des siens.

De nos jours, la malaria tue encore plus de 400.000 personnes par an, principalement en Afrique subsaharienne et en Inde, face à l’incurie des pouvoirs publics en matière sanitaire…

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