Chronique n°13 : Un héros ordinaire

Dans les années 1890, la petite ville de Revin, dans les Ardennes, célèbre un héros local, Maurice Jules Ulrich Gosset, un gars du pays qui n’hésite jamais à aider son prochain. La presse locale s’empare du récit de ses exploits.

Au bord de la Meuse, s’étend Revin, ultime frontière avant la frontière belge, au coeur de la pointe de Givet.

Le 4 avril 1878 y naquit Maurice Jules Ulrich Gosset. Ses parents, Constant Joseph et Marie Catherine Zoé Hévert ne s’en doutaient pas encore mais leur fils deviendrait précocement une gloire locale.

C’est à l’âge de 13 ans seulement que, n’écoutant que son courage, le jeune Ulrich allait sauver le fils de l’éclusier de la noyade. Le Petit Ardennais du 30 juin 1891 relate :

« On nous écrit :
Je viens signaler à la sympathique attention de vos lecteurs un acte de courage accompli hier par un jeune garçon de treize ans, Ulrich Gosset, fils des époux Gosset-Hivert.
Ce jeune homme, chez qui chacun reconnaît la précocité d’un caractère heuresement doué se promenait avec quelques camarades au lieu di le Cul-de-l’Ecluse, lorsqu’il aperçut, se débattant dans la Meuse, au bas d’un perret, à un endroit où il y avait deux à trois mètres d’eau, le jeune Vautelet, âgé de dix ans, fils de l’éclusier, qui était entraîné par le courant et allait infailliblement périr.
N’écoutant que son courage, le jeune Gosset s’élança d’un bond, descendit rapidement le perret, très rapide en cet endroit, et, se tenant de la main gauche aux herbes qui s’arrachaient, il saisit le gamin qu’il ramena après bien des efforts sur le bord, et le reconduisit à ses parents.
Les camarades du jeune Gosset, surpris et charmés de la rapidité avec laquelle l’acte de sauvetage avait été accompli, le félicitèrent chaudement de son courage.
On est heureux, n’est-ce-pas, de pouvoir signaler une action de ce genre à l’attention du public. »

Le Petit Ardennais du 30 juin 1891

La suite de ses exploits est moins bien documentée mais Ulrich ne s’arrêtera pas là, et manquera même de trouver la mort en voulant secourir un débardeur perdant pied lors d’un chargement (le travail du débardeur consiste à transporter les bois coupés par le bûcheron jusqu’à une place de dépôt située au bord d’une route forestière par voie fluviale).

A ce propos, le Petit Ardennais du 14 août 1903 raconte :

« Décidément la série des accidents graves continue à Revin.
Une équipe de débardeurs chargeait un bateau de perches, au lieu-dit le « Moulin-de-la-Pile » lorsque l’un d’eux, M. Thibaut Achille, portant une perche trop lourde perdit pied et en tombant se fracturait la mâchoire inférieure droite. Le choc, en plus, le précipita dans la Meuse où il coulait aussitôt.
M. Ulrich Gosset voulut lui porter secours, mais bientôt ses mouvements étaient paralysés par une étreinte de Thibaut. Ils allaient infailliblement périr, lorsque, courageusement, le patron du bateau, dont nous regrettons de ne pas connaître le nom, se jeta dans l’eau tout habillé et parvint à ramener les deux hommes sur la rive.
Le docteur Boucher, appelé à donner les premiers soins au blessé, espère que la blessure de M. Thibaut n’aura pas de suites graves. »

Ce jour-là, c’est Ulrich qui risque d’y laisser sa vie ! Il n’est pas de tout repos d’être si vaillant !

La semaine suivante, le 23 août 1903, un nouvel article revient sur ces événements où l’on apprend que c’est la quatrième acte de courage d’Ulrich :

« On nous écrit :

Les populations des communes de la Vallée de la Meuse, et de Revin en particulier, s’étonnent justement que les actes de courage, si fréquents dans notre beau pays, ne soient pas, ou très peu, récompensés. La semaine dernière encore, vous relatiez l’émouvant sauvetage d’un débardeur par M. Ulrich Gosset, marchand de bois à Revin.
Cet honnête homme en est à son quatrième sauvetage, accomplis tous dans des conditions périlleuses.
Et combien d’autres sont dans le même cas. Pourquoi ne pas récompenser ces braves.
Le sauveteur ne se dévoue pas pour une médaille, mais ne devrait-on pas récompenser le courage et l’abnégation.

Transmis à qui de droit. »

Le Petit Ardennais du 23 août 1903

On apprend dans son registre matricule qu’Ulrich sera réformé en 1914 pour une insuffisance mitrale et aortique avec crise d’asystolie. Il déménage à Enghiens-les-Bains, le 8 novembre 1916, unique station thermale de l’Ile de France, probablement pour se soigner?

Enghien-Les-Bains

Ce héros du quotidien s’éteindra, à l’âge de seulement 36 ans, à l’Hôpital Lariboisière, dans le 10ème arrondissement de Paris, des suites de sa maladie.

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